28.03.2007
VITRINES DE MADAGASCAR
QUI DÉBUTERA LE 21 MAI SUR LA PLACE BROGLIE. à STRASBOURG
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TABLEAUX ET GRANDS PEINTRES MALGACHES
Article paru dans ROI Madagascar de Février 2000, rédacteur: Volana Rarivoson avec la collaboration de Hemerson ANDRIANETRAZAFY, Historien de l'art.
HISTORIQUE DE LA PEINTURE MALGACHE
L'art pictural malgache vieux d'environ 172 ans, est devenu au fil du temps, une expression artistique relativement jeune. La peinture occidentale, fut introduite dans le pays vers 1825, sous le règne de RADAMA I, lorsque Copalle fit le portrait de ce dernier.Premier artiste-peintre ayant exercé ses talents à Madagascar, Copalle contribuera aussi à la réalisation de la peinture murale de Tranovola, le palais de Radama I entouré de décoration et de cadre en argent. De1828 à 1895, on assistera à un léger assoupissement de la peinture et au développement des autres formes artistiques telles que la gravure, le dessin, la lithographie...servant de support aux récits de voyage des européens. Bien que, après l'assassinat de Radama II en 1863, il y eut une continuité de la tradition instaurée par Radama I, à savoir la réalisation des portraits officiels, la peinture ne refit surface que vers la fin du XIXè siècle.
L'autorisation, par Ranavalona II, de construire en dur, à Tananarive, permit aux grands du royaume de bâtir de somptueuses demeures en dehors de la ville, cherchant de nouveaux éléments de décor, dont la peinture.Celle-ci devint une expression artistique "de luxe", un moyen d'ostentation des richesses. Cette tendance sera suivie vers la fin du XIXè siècle,de séances d'éducation artistique dispensées par les écoles confessionnelles de cette époque, dont le FFMA - le Friends Foreign Mission Association - d'Ambohijatovo Atsimo qui a formé la première génération d'artiste-peintres malgaches.Etant avant tout un élément de décoration uniquement accessible aux gens fortunés, la peinture fut réservée à la catégorie des personnes dites "de bonne famille". Pendant cette fin de siècle, les peintres malgaches exposeront à l'extérieur et l'art pictural français sera de plus en plus promu à TAnanarive.On évoquera la mission Dumoulin qui consiste à créer le Musée des Beaux-Arts dans l'enceinte du Palais de la Reine et à mettre en place une bourse de voyage d'études à Madagascar pour les artistes français.
En 1913, la première Ecole de peinture voit le jour avec Ange Supparo tandis que l'école des Beaux-Arts de Tananarive ouvre ses portes, en 1922, au temps du gouverneur Hubert Garbit. La première exposition de peinture moderne a lieu en 1923 à Tananarive. A partir de là, les formations des peintres malgaches suivront trois grandes lignes: les établissements scolaires - où les premières générations de peintres forment leur cadets -les cercles familiaux, dans la mesure où le peintre initie lui-même les membres de sa famille, et les liens de sociabilité caractérisés par des échanges entre peintres voisins.
Les années 30 assistent à un déclin de l'art pictural. Ceci est dû à une incohérence de la politique culturelle coloniale qui n'arrive à apprécier des oeuvres spécifiquement malgaches, jugées être seulement une copie de l'art occcidental, mais qui veut en même temps inculquer les techniques picturales de la France métropolitaine chez les peintres des colonies. Cependant, en 1928, les Ateliers d'Arts Appliqués, créés par Pierre Heidmann, sous le gouverneur Cayla, permettent enfin le développement de la peinture malgache. Ils favorisent plus le perfectionnement des potentialités culturelles locales que les techniques européennes, laissant libre cours à l'inspiration des artisans. Les résultats sont encourageants et les oeuvres se démarquent de celles produites auparavant. On assistera par la suite, au foisonnement de peintres autodidactes et au développement de la peinture malgache contemporaine, quoique encore un peu boitante au niveau de l'originalité. Certains d'entre eux ont défendu les couleurs malgaches à l'extérieur.
JAMES RAINIMAHAROSOA (1860-1926)
Ayant vécu la transition culturelle qui s'était effectuée à Madagascar, au XIXè siécle, James Rainimaharosoa représente cette génération de tananariviens qui a grandi dans le bain culturel anglo-merina de la seconde moitié du XIXè siècle. Il est l'un des tout premiers artiste-peintres malgaches connus.C'est au cours de sa scolarité au sein de l'école du FFMA d' Ambohijatovo Atsimo, dans les années 1870, que Jaimes Rainimaharosoa a appris l'art du dessin et de la peinture. Il a eu pour maître et initiateur le missionnaire britannique William Johnson. Ce dernier a largement contribué à la formation de la toute première génération d'artiste-peintres malgaches de l'époque. Ce groupe sillonait la campagne merina, s'amenant avec des crayons de couleurs, des cartons et des pinceaux et s'arrêtait à tous les endroits pour croquer un morceau de paysage. James Rainimaharosoa tint de cette période de formation une technique picturale très fine; mais il a également hérité de la passion de son maître. C'est ainsi qu'il a exercé son métier d'artiste en amateur passionné. Son talent n'était pas passé inaperçu de l'administration coloniale qui s'était installée à la fin du XIXè siècle. Vers 1897, on le voit graviter autour de la Résidence générale. Galliéni lui a commandé une toile qui présente"la famille du général entourée de hauts fonctionnaires civils et militaires".
La dernière décennie de ce sièlcle marque certainement sa consécration. Sa participation à l'exposition universelle de Paris en 1900 lui a valu une mention honorable pour l'ensemble de ses productions. Il va encore réitérer cet exploit six ans plus tard à l'exposition coloniale de Marseille. En 1908, sous le gouvernorat d'Augagneur, un concours d'oeuvres artistiques est organisé à Tananarive, James Rainimaharosoa y fera figure d'artiste chevronné face à la nouvelle génération des Ratovo, Henri Ratrena, Paul Ramaka...Il a obtenu le second prix mis en jeu par le Gouverneur général.
HENRI RATOVO (1881-1929)
De son vrai nom Ratovo Ramboafiringa, cet artiste-peintre de renom est né en décembre 1881 à Ambohidava Tsirangaina, à Arivonimamo, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest d'Antananarivo. Il est le fils de Ramasombohitra et de Ratoandro. Mais Henri perd ses parents très tôt, dès l'âge de six ans et est mis en pension par les membres de sa famille au collège des frères jésuites à Ambohipo. Parmi ses maîtres, on compte le frère Louis Rafiringa, qui le surprend un jour en train de modeler de la cire alors qu'il était en train de dispenser son cours. Quelle fut alors sa surprise lorsqu'il se rendit compte que Ratovo était en train de modeler son visage, il ne peut se résoudre à le punir. Ratovo continua à cultiver ce don tout au long de ses années de scolarité, non seulement à Andohalo, mais aussi chez les Pères Jésuites à Ambohipo où il obtint son diplome d'enseignant. Il fut, après un moment passé au collège Saint-Michel, proposé par la mission catholique comme "gouverneur madinika" (petit gouverneur) dans le canton d'Ambatolampy, au sud de la capitale. Mais il ne supportera pas longtemps la carrière administrative. Aussi se rendit-il à Mananjary, chez son oncle Rabesa. Ce dernier fit faillite peu de temps après.
Premier succès, en 1901, en obtenant le premier prix lors d'une exposition à Tananarive. 1906, arrivée de Supparo, il enlève tous les prix d'esquisse, d'ensemble et de masque. Excellent portraitiste, peintre religieux, Henri Ratovo immortalise des scènes de vie pleines de nature. Ses oeuvres ont été collectionnées par Monsieur et Madame Gautheron, le gouverneur général Berthier; le portrait du Général Galliéni dont il a fait don à l'Administration a été longtemps exposé à l'Hôtel de Ville de Tananarive. On peut citer le chemin de croix de la chapelle du collège Saint-Michel et celui de la cathédrale de Hell-Ville, à Nosy Bé. Les critiques de l'époque lui reprochent d'avoir donné trop d'importance à la règle sans autoriser suffisamment la licence qui aurait donné à ses peintures un caractère plus fort et plus hardi. En fait, son art est le reflet de sa vie faite de régularité et de modestie.
Habitant le quartier de Mahamasina, Ratovo tient chez lui un atelier où venait se former toute la jeunesse tananarivienne attirée par la magie de la couleur. Il a joué un rôle important en tant que pédagogue et a obtenu la reconnaissance de l'administration qui l'intégra, en diverses occasions parmi les membres des commissions artistiques de la municipalité. Cela ne l'a pas empêché de connaître des fins de mois difficiles. Ayant à sa charge une famille nombreuse, il meurt en 1929 à l'apogée de son succès, alors qu'il était parmi ceux qui ont été pressentis pour participer à l'exposition coloniale de 1931. Ses tableaux y furent présentés par sa femme Razanamasy, qui s'était chargée de leur expédition.
JOSEPH RAMANAKAMONJY (1898 - 1982)
Contemporain de Razanamaniraka, de Rakotovao, de Rajesy et de Ralambo, Ramanakamonjy est né, vers 1898, à Tananarive. Eléve de Stéphan Rabotovao et de Ratrena, il aurait eu un faible pour le dessin et commençait à pratiquer très tôt, dès l'âge de sept ans. Il était entré sous la direction d'Ange Supparo, le premier peintre de la france métropolitaine à avoir bénéficié du "Prix de Madagascar et de la Réunion" et qui créa à Tananarive un cours gratuit de dessin et de peinture. En 1925, Joseph Ramanakamonjy a visité le sud de l'île avec Jean d'Esmes, président de la société des écrivains français. Il a obtenu une mention pour l'ensemble de ses oeuvres au premier salon de Madagascar. En 1931, il représente la Grande Ile à l'exposition coloniale de Paris et a profité de son séjour en métropole pour fréquenter l 'Ecole des Beaux-Arts. Le peintre a également participé à différentes expositions à l'Ile de la Réunion et à l'Ile Maurice en 1948 et à l'exposition à Paris, Boulevard Raspail, en 1959. En 1947, il est médaillé d'argent à l'exposition de Marseille. Le Général de Gaulle l'a élevé Officier de la Légion d'honneur. L'artiste a été promu Officier de l'Ordre National Malgache, Officier d'Académie, Chevalier des Arts et des Lettres et est titulaire d'un diplôme d'honneur, remis par l'association nationale des Lettres, des Arts et de la Musique, ainsi que du Mérite National français. Il était membre fondateur de la Société des Artistes Peintres et Sculpteurs de Madagascar (SAPSM).
GEORGES RAZANAMANIRAKA (1900 - 1944)
Fils de Rahaniraka, commerçant, et de Ramanambelona, originaires d'Ambohijanaka, dans la geande banlieue de la capitale, Razanamaniraka est né à l'aube du XXè siècle. Il fut celui qui a exprimé le plus la sensibilité de la société malgache durant la période coloniale. Dès sa jeunesse, il a bénéficié du circuit de formation interne établi par le milieu de la peinture. Il fut, entre autres, élève de Henri Ratovo. Montrant sa volonté de s'adonner à la peinture. Georges Razanamaniraka a activement participé à la foire d'échantillon de 1923, où il a tenu un stand en tant qu'artiste-peintre. Il a passé quelques années a l'Ecole des Beaux-Arts de Tananarive et participé à l'exposition coloniale de Paris en 1931. Le peintre fut un des membres fondateurs de la SAPSM en février 1936. Dans la "Revue des Arts, le vrai et le beau", organe officiel de l'Union des artistes décorateurs, en novembre1931,une page a été consacrée aux oeuvres de Razanamaniraka; "Au moment où le pavillon de Madagascar, l'un des "clous" de l'exposition coloniale, révèle au grand public les richesses de la Grande Ile et son merveilleux développement, voici qu'un peintre de grand talent nous en décrit le pittoresque et le charme avec un art que bien des peintres de la vieille Europe, lauréats de plusieurs écoles, pourraient envier". Razanamaniraka s'est formé tout seul dans l'art de peindre. Après dix ans de tâtonnement, enfin il trouve son style qui se manifeste par un sens merveilleux de la simplification, qui allège ses toiles de tous les détails inutiles et synthétise tout ce qu'il a si justement observé: les scènes de Razanamaniraka, avec un sentiment de valeur parfait, chantent la douceur, le charme incomparable de l'Ile rouge, les atmosphères si différentes des Hauts-Plateaux sont évoquées avec leur membranes propres, leurs harmonies et leurs éclairages si opposés.
En 1930, Georges Razanamaniraka gagne le premier prix pour l'affiche destinée à l'exposition de 1931. Pierre Vernay lui fair éloe en disant que " en plein épanouissement, Razanamaniraka voit s'ouvrir devant lui la plus belle carrière d'artiste, son oeuvre fait époque". Cette même année, il obtient la mention pour ses six envois au premier salon de Madagascar. Il a disparu trop tôt, en 1944, alors qu'il commençait réellement à mûrir son art.
ROLAND RAPARIVO
Exerçant, à l'origine, dans l'artisanat, Roland Raparivo débute dans la peinture en 1957. Dans les années 70, il travaille comme reporter-photographe au Courrier de Madagascar et à Madagascar Matin avant de devenir en 1995, Président du Comité Provincial des Arts Plastiques. Fondateur et Co-Président de l'Union Nationale des Artistes Plasticiens de Madagascar (UNAPM), il est choisi, parmi les quatre malgaches qui ont concouru, par Timotca, une association américaine qui fonctionne comme une fédération mondiale de la peinture, pour figurer parmi ses membres et participer à des manifestations à l'extérieur. En 1960, lors d'une exposition à Diégo-Suarez, ville où il vécut à cette époque, Roland Raparivo rencontre l'illustre Ramanakamonjy, lui montre ses oeuvres et lui fait part de ses désirs d'approfondir la peinture. L'esthète lui répond qu'"il n'a rien à apprendre mais qu'il faut se débrouiller pour y arriver". Ainsi d'expositions en expositions et de critiques en critiques, Roland Raparivo, autodidacte, se perfectionnera et se hissera progressivement au sommet de l'art pictural.
Peignant à l'huile, il utilise le couteau à peindre pour perpétuer ses spécialités: les scènes de vie et les paysages. Le peintre est aussi célèbre pour ses "sous-bois", une inspiration qui lui vient des escapades dans les forêts Moramanga pour échapper aux représailles des colons, durant l'insurrection de 1947. Il est alors âgé de 13 ans. Aujourd'hui, il se définit comme un "peintre conservateur classique" qui se base sur l'art figuratif représentant des scènes de la vie quotidienne.
RICHARD RAZAFINDRAKOTO
Peintre contemporain, Richard Razafindrakoto débute dans les années 80 par des cours de dessin avec des artistes connus. Par la suite, il optera pour l'Académisme qui consiste à suivre les techniques déjà élaborées au XIVè siècle, à savoir la peinture représentative où figurent des scènes de vie. Plus tard, il abandonnera cette tendance et adoptera le surréalisme ou l'exploitation du monde onirique et l'interprétation innattendue d'un objet.
Il participera à des manifestations nationales ou internationales, dont sa première exposition individuelle en 1993 (Ambioka, engrais).En 1998, sa carrière est marquée par le Deuxième Prix de peinture aux IIIè Jeux de la francophonie d'Antananarivo avec son oeuvre "Univers de l'Homme, Ensemble et Valeurs", où il utilise une technique mixte. Il s'engage dans le professionnalisme. De là naît un nouveau style: la recherche des motifs traditionnels. L'artiste veut cerner la façon de voir des malgaches et étudie à peu près 2000 proverbes pour les illustrer dans ses oeuvres, transformant ainsi le sustème de communication verbale que sont les Hainteny malagasy en système de communication graphique. Son thème de prédilection est le retour aux sources et il part du principe: "représenter les boîtes de conserves, que les malgaches savent tant récupérer, dans le domaine de l'art".
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